Avec une méthode doctrinale, analytique et structurelle
Face aux crises qui bouleversent nos sociétés, il est nécessaire d’engager une réflexion structurée pour créer un mouvement capable de penser et de construire l’Occident de demain fondé sur la Raison. Il nous faut poser le cadre philosophique et politique nécessaire pour définir nos actions, fédérer nos forces et défendre un Occident capable d’innover, de résister aux crises et de préserver ses valeurs essentielles.
Pour ce faire, nous portons un regard critique sur les causes qui ont conduit à la situation actuelle, afin d’identifier et de transformer les structures qui entretiennent les dynamiques nous menant à l’abîme. Notre démarche est ainsi doctrinale, analytique et structurelle, et s’articule autour de trois exigences:
Toute action politique se fonde sur un constat — un constat qui, avant d’être une simple observation, est une préoccupation, une inquiétude intime qui nous oblige à agir. Mon constat est que l’Occident vit la fin d’une parenthèse historique: son âge d’or démocratique s’éteint, dans l’indifférence d’un monde désenchanté qui paradoxalement se réfugie dans de nouveaux obscurantismes pour trouver du sens. Nous apercevons se dessiner à l’horizon une série d’effondrements — que j’espère que nous pourrons, autant que possible, éviter. Dont acte.
Les convulsions qui font aujourd’hui la une des journaux sont les symptômes d’un mal plus profond, dont il nous faut comprendre le sens, les origines et la logique. Ces crises manifestent des points de rupture systémiques et révèlent les forces sous-jacentes qui orientent le système, ce que les théories critiques désignent comme ses contradictions internes. Tout système connaît inexorablement un moment où les mécanismes qui assuraient jusque-là sa stabilité cessent de fonctionner, au point qu’il ne parvient plus à se maintenir, s’affaisse progressivement et finit par être emporté par des forces qu’il ne maîtrise plus, jusqu’à ce qu’un autre système vienne le remplacer.
Les crises politiques que nous constatons et qui ne cessent de s’intensifier annoncent ainsi des effondrements qui s’imposent à nous avec la force d’une nécessité historique: l’effondrement environnemental et climatique, d’abord, alimenté par un capitalisme sauvage et prédateur, qui menace de rendre une part croissante de notre biotope planétaire inhabitable; l’effondrement, ensuite, de nos modèles de gouvernance démocratique, incapables de s’adapter aux crises, aux mutations et au chaos économique engendrés par la déstabilisation de notre écosystème; et enfin, l’effondrement de notre civilisation occidentale elle-même — cette civilisation porteuse d’une vision optimiste de l’humanité, d’un idéal de progrès et d’un ensemble de valeurs qui ont contribué à affirmer et à célébrer notre dignité, parmi lesquelles la liberté, la créativité et le souci de cultiver notre conscience.
La gravité de ces perspectives impose donc de regarder avec pessimisme les dynamiques aujourd’hui à l’œuvre, sans pour autant céder au fatalisme. Car si notre constat est pessimiste quant à la trajectoire que suivent nos sociétés, il demeure profondément optimiste quant à notre capacité collective à l’infléchir — non pas nécessairement pour éviter les bouleversements qui s’annoncent, mais pour les surmonter sans sombrer avec eux. Mais si nous commettons l’erreur de ne pas intervenir à partir d’un plan englobant, solidement ancré dans ces analyses et dans la cohérence de principes capables d’orienter les solutions à leur apporter, nous risquons de devenir les simples spectateurs de la lente décomposition d’un monde apollinien qui nous aura longtemps contemplés avec fierté, avant de nous voir devenir les complices de sa disparition et les témoins de notre propre forfait.
Que faire ? Entre le fatalisme et l’agitation politique existe une troisième voie qui consiste à comprendre pour pouvoir agir sur les causes. Car si nous voulons infléchir les trajectoires décrites précédemment, nous devons d’abord déterminer les forces qui les produisent, les interactions qui les renforcent et les points sur lesquels une action collective peut effectivement exercer une influence. Pour mener à bien une telle entreprise, nous devons faire de la science notre principal instrument de compréhension d’un réel complexe et mobiliser les méthodes qu’elle met à notre disposition. Ma démarche se veut donc systémique et fondée sur les connaissances scientifiques disponibles. Elle suppose de confronter constamment nos convictions aux faits et de les réviser lorsque nécessaires. Cette discipline intellectuelle doit également devenir une discipline politique. Face à une convergence de crises qui menace les équilibres de nos sociétés, gouverner ne peut plus seulement signifier administrer le présent, mais anticiper les transformations à venir et préparer les institutions capables d’y répondre.
Une telle démarche exige de rompre avec les réflexes qui dominent aujourd’hui l’action politique. Trop souvent prisonniers de l’urgence, des cycles électoraux et des rapports de force immédiats, les mouvements politiques réagissent aux crises plutôt qu’ils n’en interrogent les mécanismes. À cette politique du symptôme, nous voulons opposer une politique de la compréhension. La science nous apprend à confronter nos hypothèses à la réalité, à éprouver nos certitudes et à réviser nos positions lorsque les faits les contredisent. Coller un sparadrap sur une plaie profonde ne la refermera pas. Il faut traiter ce qui la provoque, comprendre le système dans son ensemble et construire un cadre idéologique capable de transformer les structures qui produisent ces déséquilibres plutôt que d’en corriger les seuls manifestations.
Il en découle la nécessité d’instituer un nouveau cadre de gouvernance fondé sur la science, les probabilités et les dynamiques systémiques, qui doivent devenir nos modèles de prédilection pour comprendre et orienter l’action politique. Cette logique de gouvernance doit également reposer sur un ensemble de règles claires et transparentes, capables de guider nos actions et approuvées par le public. Cette adhésion collective est indispensable, car transformer en profondeur les structures de nos sociétés exige de pouvoir avancer comme un bloc uni, selon une direction comprise et consentie, sans fléchir devant les résistances et les difficultés que de telles réformes ne manqueront pas de rencontrer. Cette compréhension nous donne le recul nécessaire pour ne céder ni à la sidération ni à la panique lorsque surviennent les bouleversements que nous avions appris à envisager. Notre force réside alors moins dans la certitude de savoir ce qui adviendra que dans notre capacité à nous y préparer, à en comprendre les ressorts et à agir sans détourner le regard du réel.
Ce sang-froid prend tout son sens lorsque notre méthode nous conduit à regarder en face les trajectoires les plus inquiétantes. Ainsi, les travaux du rapport Meadows et des pionniers de la dynamique des systèmes ont démontré que tout système — qu’il soit écologique, économique ou social — possède des limites. Lorsqu’un système dépasse ces seuils critiques, il ne s’effondre pas progressivement et de manière linéaire: il entre dans une zone de turbulences extrême et soudaine, où l’adaptation devient difficile, voire impossible. Les conditions empirent plus vite que nos capacités d’anticipation, et chaque retard d’action se paie au prix fort. Ce constat scientifique nous rappelle que les crises ne sont pas des accidents isolés mais des conséquences inéluctables de l’ignorance ou de la négligence face aux lois du système. Nous sommes, aujourd’hui, minuit moins une avant la barbarie. L’urgence est totale, et c’est précisément lorsque le navire entre dans la tempête que ceux qui tiennent la barre doivent faire preuve du plus grand sang-froid. C’est cette responsabilité qui nous incombe.
Anticiper les crises et apprendre à les traverser constitue une première étape. Encore faut-il savoir vers quel horizon nous voulons conduire le navire. Imaginons que nous puissions perdurer en nous intégrant dans un nouvel empire autocratique ou totalitaire. Ce ne serait nullement survivre. Car ce qui est aujourd’hui en jeu ne se réduit pas à la permanence de nos sociétés. Les citoyens romains n’ont pas dépéri avec la chute de Rome, pas plus que les populations ne disparaissent nécessairement avec les civilisations et les régimes politiques qui les ont façonnées. Ce qui importe est ce qui survit avec elles de la conception de l’homme et de la liberté sur laquelle elles se sont construites.
Depuis l’Antiquité, nos penseurs ont conceptualisé, pensé et expérimenté une culture qui élève la liberté au rang de principe fondamental, à travers des expériences politiques audacieuses qui ont progressivement conduit à la Révolution française et à nos régimes constitutionnels contemporains. Les Lumières s’inscrivent dans cette histoire longue et en ont porté les aspirations vers un projet politique fondé sur la Raison. Nous pensons qu’il est primordial de préserver cette tradition intellectuelle et politique. Défendre l’œuvre des Lumières constitue dès lors un impératif civilisationnel, alors que nous devons faire face aux crises, aux aspirants dictateurs de l’intérieur et aux adversaires géopolitiques qui ont perçu dans notre affaiblissement une opportunité. Nous sommes les gardiens d’un espoir et d’une conception optimiste de l’humanité, dans laquelle l’homme est un être créateur, conscient et explorateur, doté de devoirs autant que de droits qui découlent de sa dignité inaliénable. Si nous laissons le flambeau de la Raison s’éteindre, nous n’aurons peut-être plus d’opportunité historique de le faire revivre.
Cette fidélité aux Lumières commande cependant davantage que la conservation de leur héritage. Préserver une tradition vivante exige de poursuivre son œuvre. Nos institutions en constituent l’expression historique et doivent désormais être repensées pour traverser les transformations qui s’annoncent. Notre objectif est sans équivoque. Nous voulons construire un nouveau modèle politique et économique capable d’inscrire durablement notre tradition dans des institutions adaptées aux réalités du XXIe siècle.
Les Lumières constituent ainsi à la fois notre finalité et notre méthode. Au-delà de l’identité et de la filiation que nous entendons préserver, la Raison est le fondement même qui doit façonner notre action. Une démarche rationnelle est, par nature, pragmatique. Elle regarde le réel tel qu’il est, comprend les forces qui le traversent et adapte son action aux circonstances plutôt que de se soumettre à des dogmes devenus aveugles. Un modèle de gouvernance pensé de manière rationnelle et systémique possède ainsi les moyens d’anticiper les crises, de se transformer lorsqu’elles l’exigent et de prendre les décisions nécessaires à sa propre survie. C’est toute la pertinence de notre projet et de notre méthode. Les valeurs que nous voulons sauver sont aussi celles qui nous donnent les meilleures armes pour les sauver.
C’est dans cette perspective que nous voulons instituer un nouveau modèle de gouvernance et élaborer une doctrine politique qui détermine concrètement notre manière d’agir, toujours dans le respect de cet acquis culturel et intellectuel. Notre projet ne peut donc se réduire à une mouvance culturelle ou identitaire soucieuse de préserver ce qui lui a été transmis. Il se veut une idéologie de la praxis, tournée vers l’action politique et ayant pour finalité des réformes structurelles de nos institutions et de nos sociétés. L’ambition des Lumières que nous défendons ne constitue pas seulement ce que nous voulons préserver. Ses principes doivent servir de fondement à l’action par laquelle nous entendons en assurer la continuité.
Si nous voulons transformer les structures qui nous ont conduits jusqu’ici, nous devons nécessairement rompre avec les forces politiques qui les ont façonnées et avec les divisions à travers lesquelles elles continuent de s’affronter. Le clivage entre la droite et la gauche est aujourd’hui désuet. D’un côté, la droite prétend préserver notre héritage, notre culture et les conditions de notre prospérité ; de l’autre, la gauche prétend porter le progrès, l’émancipation et la justice sociale. Force est de constater qu’elles ont failli, l’une comme l’autre, à leurs propres prétentions. La droite n’a pas préservé ce qu’elle entendait conserver, pas davantage que la gauche n’a accompli l’émancipation qu’elle promettait. Cette faillite n’est pourtant pas seulement celle de deux familles politiques incapables de tenir leurs promesses.
Leurs projets se sont déployés au sein d’un même système établi, celui du capitalisme globalisé post-colonial, dont elles ont accompagné, chacune à leur manière, la construction et les transformations. Leurs oppositions, parfois profondes, n’ont pas empêché leur participation commune à un ordre économique qui a progressivement subordonné nos sociétés aux impératifs de la croissance, de la production et de la consommation. Elles ont ainsi contribué, chacune à leur tour et selon leurs propres logiques, aux crises qui menacent aujourd’hui notre survie, notre prospérité et notre culture, tout en continuant de s’opposer stérilement, de se rejeter mutuellement la responsabilité de leurs échecs et de se croire, malgré ceux-ci, les élues de l’Histoire. C’est précisément ce système commun, derrière leur opposition, qu’il nous faut maintenant examiner.
Pour comprendre cette impasse, il faut commencer par le système autour duquel cette opposition s’est progressivement organisée. Voyons dans les grandes lignes notre interprétation actuelle et contemporaine — interprétation que nous approfondirons dans de futurs articles, sous ses aspects économiques et historiques. Au cœur de l’Occident, et plus précisément dans son hyper-centre politique que constituent les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Italie et l’Allemagne, s’est imposé un pouvoir idéologique issu de la bourgeoisie capitaliste née des révolutions sœurs, française et américaine. Porté par le culte du libre-échange et du productivisme, le pouvoir libéral a façonné un système consumériste aveugle à ses propres conséquences destructrices. Dans cette logique, le coût de la production n’a jamais réellement intégré celui de la destruction. Les chaînes industrielles se sont bâties en ignorant les ravages infligés à l’environnement. Le carnage, lui, ne s’est pas limité à la nature — il a gagné la démocratie elle-même. Sous couvert de progrès, le principe démocratique s’est peu à peu soumis au primat de la croissance et à la religion du PIB. Dans cet élan d’hégémonie sociale, les inégalités se sont creusées, malgré quelques parenthèses où les luttes sociales parvinrent à édifier un ordre social-libéral éphémère, offrant au système la légitimité morale qui lui manquait pour perdurer jusqu’à aujourd’hui.
C’est dans les contradictions de ce système central-libéral que les courants populistes et extrémistes contemporains ont trouvé leur terreau. Des oppositions se sont progressivement formées à sa gauche et à sa droite, connaissant aujourd’hui un processus de radicalisation qui les conduit à se qualifier d’extrême gauche et d’extrême droite. Ces extrêmes deviennent même majoritaires et font vaciller nos sociétés. Toutefois, soyons clairs et lucides, ils ne sont pas à l’origine du problème. Ils sont les symptômes de la faillite du centre. Les extrémismes politiques constituent des tentatives de réponse qui précipitent l’effondrement du système par les oppositions féroces qu’ils engendrent, sans pour autant faire émerger une alternative qui soit crédible ou souhaitable, comme nous le verrons plus loin.
Mais si ces forces se sont d’abord constituées en réaction à la faillite du centre, leur opposition mutuelle est progressivement devenue l’un des principaux moteurs de leur radicalisation, au point de les conduire à des positions absurdes et aberrantes. Elles cherchent moins à résoudre les problèmes concrets qu’à se distinguer l’une de l’autre, perdant de vue la cohérence entre la question qu’elles affrontent et la finalité qu’elles aspirent à atteindre, en accord avec les valeurs qu’elles revendiquent. Que ces forces prospèrent sur des crises réelles ne signifie donc pas que les réponses qu’elles leur apportent soient les bonnes. Elles ont compris que le système central-libéral était en faillite, mais restent elles-mêmes prisonnières de ses contradictions et y répondent par des solutions qui en aggravent d’autres. C’est ici que nos chemins se séparent, non sur l’existence des crises qu’elles dénoncent, mais sur les réponses qu’elles prétendent leur apporter.
La faillite du système central-libéral a ainsi ouvert un espace politique dans lequel l’extrême droite s’est progressivement imposée comme une force de réaction, d’abord face aux conséquences économiques de ce système. Elle se soulève contre les inégalités qu’il produit, mais s’attaque davantage à leurs manifestations qu’aux structures qui les engendrent. C’est là que s’arrête son analyse. Elle combat les conséquences sans remonter jusqu’au système qui les produit. L’immigration en constitue l’un des exemples les plus manifestes. L’extrême droite s’y oppose depuis longtemps en invoquant notamment des raisons économiques, mais fermer les frontières ne suffit pas à résoudre un phénomène profondément enraciné dans le fonctionnement du capitalisme globalisé. Les immigrés ne sont pas simplement venus « voler les emplois ». Leur arrivée a aussi été souhaitée et organisée par des acteurs économiques en quête de main-d’œuvre, de production et de croissance. Mais les mouvements migratoires sont également alimentés par les déséquilibres que ce même système contribue à produire au-delà de nos frontières, qu’il s’agisse des conséquences du dérèglement climatique nourri par le productivisme ou des déstabilisations provoquées par les interventions et les rapports de puissance des États occidentaux dans d’autres régions du monde. On ne peut donc prétendre traiter sérieusement l’immigration sans s’attaquer aux mécanismes économiques, écologiques et géopolitiques qui contribuent à la produire. Or c’est précisément devant cette analyse systémique que l’extrême droite s’arrête: elle n’est pas en mesure de produire une alternative systémique globale et cohérente.
Dans son expression contemporaine, l’extrême droite demeure prisonnière d’un réformisme économique de façade. Elle conteste les effets de la globalisation sans remettre véritablement en cause l’impératif économique qui l’a produite et cherche principalement à refermer le capitalisme sur lui-même par le protectionnisme. Mais si elle veut réellement s’attaquer aux causes des bouleversements qu’elle dénonce, elle doit pousser son raisonnement jusqu’à son terme et oser radicalement réformer le système capitaliste lui-même, comprendre les dynamiques qui le gouvernent et déterminer ce qui pourrait remplacer l’impératif économique qui domine aujourd’hui nos sociétés. Car le problème n’est pas seulement que l’économie produise des conséquences indésirables. Le problème est qu’elle a fini par subjuguer les impératifs politiques, civilisationnels et culturels auxquels elle devrait être soumise. Tant que cette hiérarchie ne sera pas renversée, combattre isolément l’immigration, la désindustrialisation ou les effets de la globalisation culturelle reviendra à lutter contre les manifestations du système tout en préservant la logique qui les reproduit. C’est toute la contradiction de la réponse économique de l’extrême droite.
Mais la contestation économique ne suffit pas à expliquer l’essor de la réaction. La globalisation économique a également produit des transformations culturelles auxquelles une partie de la droite a progressivement opposé une réaction identitaire. Alors que l’ordre libéral a favorisé un cosmopolitisme bourgeois et l’arrivée d’une main-d’œuvre immigrée pour satisfaire les besoins de l’économie, une partie de la gauche a accompagné cette ouverture en prétendant agir au nom de l’humanisme, de l’internationalisme et de la justice sociale. Des forces qui affirmaient poursuivre des finalités différentes ont ainsi convergé dans les faits autour d’un même mouvement de globalisation qui a abouti à un affaiblissement de la culture occidentale. Les unes y trouvaient les conditions nécessaires à la poursuite de la croissance et à la circulation des capitaux et de la main-d’œuvre; les autres prétendaient y voir la marche vers une société plus ouverte, plus juste et plus universelle. Cette convergence a contribué à nourrir la perception d’un même ordre cosmopolite mettant à mal les cultures traditionnelles et nationales.
C’est dans cette rencontre entre frustration économique, dépossession politique et inquiétude culturelle que les extrêmes droites ont trouvé un terreau particulièrement fertile. La réaction apparaît ainsi comme l’un des produits de la faillite du centre. En soumettant progressivement les choix politiques, sociaux et culturels aux impératifs de la production, de la consommation et de la croissance, le système central-libéral a produit les conditions mêmes de la révolte qui se retourne aujourd’hui contre lui. Et la gauche, loin d’avoir constitué un rempart contre cette dynamique, en a accompagné certaines transformations en leur donnant la justification morale et progressiste qui leur manquait. D’un côté, l’économie exigeait l’ouverture; de l’autre, une partie de la gauche la présentait comme une émancipation. Face aux bouleversements économiques, sociaux et culturels qui en ont résulté, la réaction a pu se présenter comme la seule force encore disposée à défendre ce que les autres semblaient avoir abandonné. De la faillite du centre est née la réaction. Il nous faut désormais comprendre pourquoi elle ne peut constituer notre réponse, malgré le fait que nous partageons les mêmes préocuppations.
La réaction est née des contradictions du centre, mais elle n’en constitue pas pour autant le dépassement. Si nous partageons avec les forces qui contestent le système établi une même inquiétude face à ses dynamiques destructrices, nos chemins se séparent dès lors qu’il s’agit d’en comprendre les causes et d’envisager les remèdes. L’extrême droite est soucieuse de préserver un ordre ancien et érige la tradition en rempart contre le changement. Or, nous nous devons d’innover. C’est sur cette conception de la culture et de notre héritage que se situe notre première divergence avec la droite. Les courants conservateurs tendent à percevoir les cultures comme des entités figées, qu’il faudrait préserver dans une forme de pureté originelle. Nous nous réclamons au contraire de l’héritage des Lumières, qui ont érigé la Raison — contre la tradition aveugle — en principe moteur de la société nouvelle qu’elle appelait de ses vœux.
Pour autant, je ne cherche pas davantage à réaliser la négation de notre histoire, comme la gauche aspire à le faire à travers son projet déconstructiviste, relativiste et multiculturaliste. Je reconnais que notre histoire portait les germes de notre liberté, et c’est en la réhabilitant que nous pourrons construire sur une base saine et solide. Dépasser la réaction ne signifie donc pas rompre avec notre héritage, mais poursuivre ce qu’il contient de vivant, de créateur et d’émancipateur. Nous devons faire aboutir les Lumières, assumer la synthèse historique du monde gréco-romain, chrétien et humaniste, plutôt que d’en déconstruire les fondements au nom d’un relativisme qui finirait par nous priver des bases mêmes à partir desquelles nous pouvons continuer à nous transformer en nous réalisant par la liberté. Nous devons tirer les leçons des expérimentations communistes qui ont voulu imposer artificiellement et abruptement l’avènement d’un nouveau genre humain. Il n’est pas fortuit que la démocratie, l’individualisme ou la science moderne se soient imposés comme principes structurants des sociétés européennes. Notre histoire doit donc constituer le point de départ à partir duquel nous pouvons continuer à transformer nos sociétés, plutôt qu’un ordre ancien auquel il faudrait revenir ou un passé dont il faudrait faire table rase pour prétendre reconstruire un homme imaginaire.
C’est précisément sur ce rapport à l’histoire que le populisme de droite emprunte une voie différente. Il s’inscrit dans un réflexe réactif et émotionnel, mû par la peur et l’ethnicisme. Incapable de proposer une vision claire et cohérente de l’avenir, le populisme de droite se contente de dénoncer sans construire, de fédérer les masses sans penser: il ne comprend pas l’histoire, mais l’instrumentalise pour nous rassurer. Il ne faudrait plus changer, plus innover, plus être audacieux. Pourtant, derrière les discours de la grandeur passée, le populisme de droite réduit notre héritage civilisationnel à ses conquêtes militaires ou à son folklore. Notre civilisation ne se limite pas à manger du cochon, boire du vin ou aller à la messe ; elle s’exprime également à travers les arts, la science, la créativité, l’expression de soi et l’individualité de ses citoyens. Nous sommes les descendants de ceux qui bâtissaient des cathédrales et de ceux qui lancent des fusées vers les étoiles. Être fidèles à notre civilisation, ce n’est pas seulement contempler ce qu’elle a construit, c’est retrouver l’audace de construire ce qui n’existe pas encore, pour honorer la raison qui éclaire, la science qui dévoile et cette puissance proprement humaine qui nous rend capables de sentir, d’imaginer et de donner forme au monde.
Mais cette fidélité suppose également de préserver les conquêtes politiques par lesquelles notre civilisation s’est progressivement libérée de l’arbitraire du pouvoir et du dogme. Je l’affirme d’emblée, l’exercice démocratique et l’État de droit sont au cœur de notre culture politique. C’est pourquoi je m’oppose à l’exaltation de la force et du pouvoir par les populistes, qui prétendent sauver la démocratie alors qu’ils la malmènent, bafouent l’État de droit et cherchent à rétablir, sous couvert de tradition, l’autorité politique de dogmes moraux et religieux dont nous nous sommes émancipés. Défendre notre civilisation ne peut signifier sacrifier les institutions qui constituent précisément l’une de ses réalisations historiques. Je dénonce toute forme théocratique qui soumettrait la cité au dogme, toute dictature qui placerait la volonté d’un homme au-dessus de la loi, comme tout fascisme qui ferait de la force, de l’obéissance et de l’uniformité les principes de l’ordre politique. Cela ne signifie pas pour autant que nos institutions et l’autorité publique doivent être faibles. Au contraire, leur incapacité à faire respecter la souveraineté populaire, à contenir le pouvoir de l’oligarchie et à garantir l’application rigoureuse de la justice compte parmi les causes de l’affaiblissement des modèles démocratiques.
C’est ici que la promesse autoritaire révèle sa contradiction. Les aspirants dictateurs prétendent restaurer la puissance politique en concentrant le pouvoir, comme si gouverner avec moins de limites suffisait à gouverner davantage. Or la faiblesse de nos démocraties ne vient pas d’un excès de droit ou de contre-pouvoirs, mais de l’érosion de leur capacité à traduire la souveraineté populaire en décisions effectives, à imposer l’intérêt général aux puissances particulières et à conduire des transformations de long terme. C’est précisément parce qu’ils sont incapables de penser les réformes institutionnelles susceptibles de restaurer cette capacité d’action que les populistes trouvent dans la personnalisation du pouvoir une réponse commode à des problèmes qu’ils ne savent pas résoudre politiquement. Abolir les médiations, subordonner la justice ou affaiblir les contre-pouvoirs permet de donner l’apparence de l’action sans avoir à reconstruire les mécanismes par lesquels une collectivité devient effectivement capable de gouverner son destin. Le salut ne viendra donc pas d’un homme providentiel auquel nous abandonnerions nos institutions dans l’espoir qu’il accomplisse par la force ce qu’il est incapable de penser politiquement. La force dont ces hommes aiment tant étaler les vertus devient moins la preuve de leur puissance que l’aveu de la pauvreté de leur pensée et de leurs compétences analytiques. Faute d’imagination pour concevoir, d’intelligence pour réformer et d’ambition pour bâtir, il ne leur reste que la vieille brutalité du pouvoir pour donner l’illusion de l’action. À cette fuite autoritaire, il faut opposer l’entreprise autrement plus audacieuse d’une refondation démocratique capable de rendre à l’autorité publique sa puissance d’action, de décision et de planification sans la soustraire à l’État de droit. La véritable puissance politique ne consiste pas à libérer les gouvernants de leurs limites, mais à donner à la collectivité les institutions par lesquelles elle peut effectivement exercer sa souveraineté.
Enfin, rendre à la souveraineté populaire sa puissance d’action suppose de déterminer l’espace politique dans lequel cette puissance peut réellement s’exercer. Car la souveraineté n’est pas seulement un principe juridique proclamé par un État, elle suppose la capacité matérielle de décider de son destin et de faire prévaloir ses choix dans les rapports de force qui structurent le monde. C’est sur cette question de l’échelle que notre divergence avec la droite réactionnaire devient décisive. Les principales forces de la droite radicale peuvent invoquer l’Europe, l’Occident ou notre héritage civilisationnel commun, mais elles continuent de chercher dans la nation l’instrument privilégié de leur souveraineté. Elles reconnaissent ainsi l’existence d’une civilisation qui dépasse les frontières nationales sans véritablement vouloir lui donner les moyens politiques de sa puissance. Cette contradiction devient problématique dans un monde où notre défense, notre industrie, notre énergie, notre maîtrise technologique et jusqu’à notre capacité d’innovation dépendent de rapports de force qui excèdent désormais largement les frontières de chacun de nos États. Une nation peut proclamer sa souveraineté autant qu’elle le souhaite, celle-ci demeure incomplète lorsqu’elle dépend d’autres puissances pour assurer sa sécurité, produire ses technologies, protéger ses infrastructures ou peser sur les règles de l’économie mondiale. Le repli national risque alors de produire l’inverse de ce qu’il promet. En voulant retrouver une souveraineté formelle à l’échelle de chaque État, il contribue à affaiblir la puissance réelle de la civilisation qu’il prétend défendre.
Notre réponse ne consiste pourtant pas à effacer les nations dans une construction abstraite qui nierait leurs histoires, leurs cultures et leurs communautés politiques. Il s’agit au contraire de donner une expression politique commune à une civilisation dont les nations constituent la diversité historique, afin que leur union augmente leur capacité d’action plutôt qu’elle ne dissolve leurs singularités. Nous devons réussir un syncrétisme occidental, capable de réunir notre héritage sans le figer et nos nations sans les isoler. Préserver notre civilisation exige de lui permettre de continuer à se transformer, de créer et de s’unir. C’est précisément en cela que notre projet se distingue de la réaction. Nous voulons préserver notre héritage en poursuivant son mouvement plutôt qu’en cherchant à restaurer un monde disparu.
Ce mouvement doit trouver son expression politique dans l’émergence d’un État-civilisation occidental, dont l’architecture institutionnelle reste à explorer et pourrait emprunter aussi bien la voie confédérale que celle d’une intégration politique plus centralisée. Sa forme importe moins, à ce stade, que le principe qui doit présider à sa construction. Il ne s’agirait pas simplement d’agréger des États pour accroître leur puissance, mais de donner corps à un Occident politique capable d’incarner consciemment les principes dont notre histoire a progressivement accouché. Un tel régime chercherait à poursuivre l’œuvre des Lumières en faisant de la raison, de la liberté, de la souveraineté populaire, de la science et de la création les fondements de son ordre politique. C’est à cette forme politique encore à construire, conçue comme l’accomplissement plutôt que la restauration de notre héritage, que nous donnons le nom de Sophocratie. Et c’est cet avenir que la gauche, à force de vouloir déconstruire l’Occident, ne sait plus désirer.
Refuser de figer notre héritage dans un ordre ancien nous impose d’accepter sa transformation. Mais toute transformation ne constitue pas un progrès, pas davantage que toute remise en cause de l’ordre établi ne constitue une émancipation. C’est ici que notre rupture avec la réaction nous conduit à une seconde divergence. Si nous refusons à la droite le fantasme d’un retour vers un monde disparu, nous refusons également à une partie de la gauche l’idée que le progrès devrait nécessairement passer par la déconstruction de ce qui nous a été transmis. Nous ne voulons ni restaurer aveuglément l’ancien monde, ni faire de sa négation la condition du nouveau. Notre désaccord avec la réaction portait sur son incapacité à penser le changement. Celui qui nous oppose désormais à la déconstruction porte sur la direction et la finalité de ce changement.
Je considère que sa véritable nature réside précisément dans sa capacité à s’adapter, à se réinventer sans se renier: un socle fédérateur où, grâce à la liberté et à l’audace de l’esprit, la société évolue au rythme de notre compréhension changeante du monde, telle que la science nous la révèle. Il s’agit de progresser sans jamais se compromettre. Je crois que, par sa force créatrice, l’Humanité avance vers un progrès dont elle demeure le maître — tout comme elle est, en dernière instance, maîtresse de son destin. C’est précisément sur la manière de poursuivre ce mouvement que nos chemins se séparent désormais de ceux de la gauche. Cette rupture est d’autant plus importante que nous nous inscrivons dans une tradition intellectuelle longtemps partagée: sociologie critique, matérialisme historique, pensée systémique, approche laïque et volontarisme politique. Ces outils nous ont appris à interroger les structures, les rapports de domination et les conditions matérielles qui façonnent les sociétés. Pourtant, les divergences sont désormais profondes.
La nouvelle gauche contemporaine, éprise de grands idéaux mais affaiblie par sa rigidité et son dogmatisme, s’enferme dans des combats symboliques qui n’apportent aucune réponse aux crises profondes qui bouleversent notre monde. La gauche a progressivement fait de la déconstruction une finalité plutôt qu’un instrument critique. À force de déconstruire les structures, les normes et les héritages, elle finit par perdre de vue la nécessité de construire ce qui doit leur succéder. Son relativisme menace alors de dissoudre les valeurs communes qui rendent précisément possible un projet collectif. Obsédée par le rejet des structures établies, elle relativise ce qui devrait constituer nos valeurs fondamentales, ne reconnaît plus la singularité et la pertinence de notre héritage, et confond compromis et compromission au nom de la convergence des luttes. Elle affirme œuvrer pour l’émancipation, mais finit ainsi par fragiliser les fondements politiques et culturels qui permettent de la défendre.
Cette logique atteint son terme lorsqu’en cherchant à s’unir à tous les opprimés, elle prétend rompre avec l’Occident, portée par une pureté déracinée qui pourrait s’appliquer à tous. Tout sens historique s’efface alors derrière une lecture du réel comme superposition de rapports de force entre oppresseurs et opprimés, où la condition d’opprimé suffirait à déterminer la légitimité d’une cause. Or l’histoire confronte aussi des intérêts, des systèmes de valeurs et des forces dont aucun ne peut nécessairement être souhaité. Une politique rationnelle ne peut déterminer ce qu’elle doit défendre à partir de la seule distribution des rapports de domination. Elle doit également savoir ce qu’elle veut construire et quelles valeurs elle entend préserver.
C’est sur ce point que j’affirme un cap singulier et distinct. Je porte l’ambition de faire advenir l’Occident comme projet politique, plutôt que d’œuvrer à sa négation. Nous devons être capables de critiquer notre héritage sans le dissoudre, de le transformer sans le renier et de progresser sans perdre le sens de ce que nous voulons préserver. Je crois en la possibilité de construire, d’adapter et de défendre un héritage capable de guider nos sociétés face aux crises, en conciliant Liberté, Raison et Progrès. Après la conservation sans transformation de la réaction et la transformation sans conservation de la déconstruction, notre tâche est désormais de construire.
Notre tâche est désormais de construire. Pour y parvenir, nous devons être radicaux dans notre analyse et pragmatiques dans notre action. Radicaux, parce que les crises que nous affrontons exigent de remonter à leurs racines, d’en comprendre les causes structurelles et de transformer les systèmes qui les produisent. Pragmatiques, parce qu’une doctrine qui prétend agir sur le réel doit savoir confronter ses principes aux circonstances, adapter ses moyens et organiser les forces nécessaires à leur réalisation. C’est à partir de cette double exigence que peut se construire notre occidentalisme.
Pourquoi adopter une approche occidentaliste plutôt qu’un universalisme immédiat ? Le système-monde est en train de vaciller. Idéalement, pour le remplacer, il faudrait un changement d’ordre global, une révolution internationale à la mesure des bouleversements à venir. Tout en restant optimistes, nous devons refuser de succomber à la naïveté. Les conditions politiques, sociales et historiques ne sont pas réunies pour voir émerger un tel mouvement mondial. Aucun élan universel ne saurait aujourd’hui dépasser les clivages particuliers, les dogmes, les traditions, les bigoteries, les nationalismes ou les forces religieuses. Au contraire, les nations se referment sur elles-mêmes, les armées se reforment, les frontières se redressent et les instincts protectionnistes dominent. Le multilatéralisme vacille. Sous la pression du dérèglement climatique et de la fin de la globalisation, les transformations du système-monde annoncent une nouvelle ère de rivalités hégémoniques, de conflits pour les ressources et de vieilles rancunes ressuscitées.
C’est précisément parce que notre horizon demeure universaliste que notre action doit commencer par être occidentaliste. Nous ne pouvons attendre l’avènement hypothétique d’un ordre mondial nouveau pour construire les institutions capables de traverser les crises qui s’annoncent. L’Occident constitue l’espace historique et politique depuis lequel nous pouvons agir, celui où l’humanité a expérimenté la Liberté, la Laïcité et la Raison, et où elle a appris à s’émanciper de la fatalité et à s’élever par l’esprit.
Construire un bastion occidental porteur de progrès et de liberté n’est plus une option, mais une nécessité. Car de sa survie dépend la possibilité de préserver ces principes et, demain, de contribuer à rebâtir un ordre nouveau. Il est ainsi possible de définir un courant alternatif, échappant aux dogmes figés de la gauche comme aux dérives du populisme de droite, et de forger un nouvel occidentalisme capable de répondre aux défis de notre siècle. Notre voie serait sociale, œcuménique et universaliste dans son horizon, occidentaliste dans son ancrage, radicale dans son analyse et pragmatique dans son action. Elle serait consciente des racines historiques de l’Occident — de l’hellénisme intégré à la romanité, du christianisme jusqu’à l’amour de la liberté et de la Raison. Elle reconnaîtrait les différentes composantes qui ont façonné notre civilisation, en tirerait les enseignements et les prolongerait dans un projet adapté au monde qui vient.
Mais une doctrine ne vaut politiquement que par sa capacité à devenir une force organisée. Être pragmatique exige de sortir de l’illusion selon laquelle la justesse de nos principes suffirait à assurer leur victoire. Le libéralisme lui-même, souvent présenté comme neutre ou universel, ne s’est jamais développé indépendamment des rapports de force qui lui ont permis de s’imposer. Le marché n’est jamais parfaitement impartial: il transforme les rapports humains en rapports de concurrence, soumet les sociétés à des logiques de puissance et de profit et impose ses contraintes à ceux qui ne sont pas préparés à s’y conformer. L’idéalisme économique a toujours été tempéré, souvent contredit, par un pragmatisme brutal.
Les révolutions démocratiques arabes nous rappellent également qu’une aspiration politique, aussi puissante soit-elle, ne suffit pas à produire durablement un nouvel ordre. Les soulèvements ont rencontré l’absence ou la faiblesse d’organisations capables de structurer leur énergie, les résistances des institutions existantes, les contradictions internes des mouvements révolutionnaires et les forces déterminées à préserver ou à conquérir le pouvoir. Sans organisation, sans stratégie et sans vision à long terme, la passion seule s’éteint, laissant place à l’échec et à la fragmentation.
C’est pourquoi nous devons construire un mouvement organisé, pragmatique et stratégique, capable d’unir toutes les facettes de l’Occident pour qu’il devienne complet, intègre et résilient. Ce mouvement devra articuler les expériences, les institutions, les valeurs et les traditions occidentales en une vision cohérente et opérante. Il devra transformer notre doctrine en stratégie, notre stratégie en organisation et notre organisation en action politique. Il s’agira de conjuguer la Liberté et la Raison avec la structure et la discipline, de réconcilier l’audace intellectuelle avec l’action politique, et de construire les institutions capables d’anticiper les crises, de s’y adapter et de les surmonter.
Être radical, c’est agir à la racine. Être pragmatique, c’est donner à nos principes les moyens d’agir sur le réel. Notre ambition est de réunir les deux pour faire de l’Occident non seulement un héritage à préserver, mais un projet politique à construire en faisant advenir les Lumières à travers ce que nous nommons la Sophocratie.
Nous utilisons des cookies pour améliorer votre expérience de navigation, analyser notre trafic et personnaliser le contenu. Vous pouvez accepter, refuser ou gérer vos préférences à tout moment.